Prépagora

samedi 16 janvier 2016, par Eric OUVRARD

Vendredi 15 janvier 2016

La nature

Programme de culture générale
des classes préparatoires économiques et commerciales

8h. Hugues JEANNIARD DU DOT - Agrégé de Lettres classiques.

L’univers, les dieux, les hommes … La nature, du mythe à la raison : L’invention de la phusis par les Grecs de l’Antiquité.

Dans la Grèce archaïque, la nature est divinisée. Les premiers écrits d’Homère et d’Hésiode évoquent des puissances mystérieuses et despotiques qui déclenchent les phénomènes naturels selon leur fantaisie, leur intérêt ou leurs rivalités pour le pouvoir.
Au VIe siècle avant J.-C., une révolution culturelle bouleverse les représentations de l’univers et redéfinit la place de l’homme dans le cosmos. Cette révolution, c’est l’invention de la « phusis », c’est-à-dire la première approche scientifique de la nature, par Thalès de Milet et un groupe de savants ioniens que l’on va appeler « Physiologues ». Ils vont chercher à comprendre les principes des phénomènes naturels en les examinant de façon rationnelle et géométrique, ouvrant ainsi la voie à une redéfinition de la place de l’homme dans le cosmos.
C’est d’abord cette révolution dans les représentations de la nature, de l’âge mythique à l’âge scientifique, que cet exposé souhaite analyser. Puis je propose d’étudier les problèmes nouveaux que va poser cette invention de la phusis sur le plan des relations de l’homme avec la nature. Démythifier ainsi la nature, la traiter en pur objet scientifique, l’objectiver, n’est-ce pas aussi la désenchanter, détruire les liens fusionnels qui nous unissent à elle, en un mot la « dénaturer » ?

9h30 Jean-Christophe COUVENHES - Agrégé et Docteur, Maître de conférences en Histoire grecque à l’université de Paris-Sorbonne (Paris-IV).

Le rôle de la nature dans la guerre dans le monde grec antique.

Il s’agira de considérer la manière dont les éléments naturels et, plus avant, la ou les divinités interviennent au cours du combat, que ce soit sur terre ou sur mer. Quelques grandes batailles seront privilégiées : la bataille de Marathon (490 av. J.-C.), la bataille navale des îles Arginuses (406), la défense de Delphes contre les Galates (279).

10h45 Marie-Laure POULOT - Agrégée et Docteur en Géographie, ATER à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense.

La nature instrumentalisée : wilderness, exploitation et préservation.

13h30 Françoise JAPPE - Agrégée de Lettres modernes, Doctorante, chargée de cours à l’UBS, Professeur en CPGE au lycée Dupuy de Lôme de Lorient.

La nature dans l’œuvre de Dimitri Vitkovski, Une vie au goulag : présence, fonctions, enjeux.

L’autobiographie de Dimitri Vitkovski - écrite en 1965, publiée en 1990 juste avant la chute de l’URSS et traduite en 2012 en français - relate près de trente années de captivité. Le témoignage sur la vie quotidienne de l’univers concentrationnaire réserve une place inattendue à la description de la nature et aux émotions qu’elle éveille. Il s’agira d’en observer les caractéristiques et de s’interroger sur la fonction et les enjeux d’une présence qui participe d’un testament où la liberté de l’homme se proclame par l’expression de sa sensibilité à la beauté du monde.

Vendredi 5 février 2016

Le monde des passions

Programme de culture générale des classes préparatoires scientifiques

8h. Hugues JEANNIARD DU DOT - Agrégé de Lettres classiques.

Passions, mythes et tragédies : Andromaque, d’Homère à Racine.

En 1667, un jeune écrivain ambitieux de 28 ans, auteur à succès de deux pièces tragiques déjà jouées par la troupe de Molière au Palais Royal, s’inspire une nouvelle fois de l’Antiquité grecque pour créer une tragédie qui remporte immédiatement un formidable succès. Le sujet choisi est connu de tous, il s’agit des suites de la guerre de Troie, la guerre prototype entre Grecs et Troyens. Le récit d’Homère qui fait le sujet de l’Iliade s’achève juste avant la prise de Troie par les Grecs. Les Troyens ont perdu la guerre, leur héros Hector est mort, massacré par le Grec Achille. Sa veuve Andromaque et son fils Astyanax sont maintenant à la merci des vainqueurs, qui vont sans aucun doute incendier la ville, massacrer les vaincus et se partager leurs femmes pour les emmener en captivité.
C’est au fils d’Achille, Pyrrhus, qu’échoit Andromaque, qui est parvenue à sauver son fils Astyanax et à l’emmener avec elle en Épire. Les Grecs ont cependant décidé de se débarrasser d’Astyanax et chargent Oreste, le fils d’Agamemnon, d’aller le chercher chez Pyrrhus pour le mettre à mort et éteindre ainsi définitivement la lignée d’Hector. C’est alors que les passions vont se déchaîner et bouleverser toutes les données de l’histoire…
Pour vous permettre de découvrir plus aisément cet objet esthétique extrêmement codé qu’est une tragédie classique à sujet mythologique, je vous propose de revisiter les origines mythiques d’Andromaque, puis d’examiner comment Racine met ces données traditionnelles au service de sa vision tragique des passions et des hommes.

10h. Pierre MORIN - Agrégé de philosophie, Professeur en CPGE au lycée Dupuy de Lôme de Lorient.

Charles Le Brun et l’expression des passions.

11h. Françoise JAPPE - Agrégée de Lettres modernes, Doctorante, chargée de cours à l’UBS, Professeur en CPGE au lycée Dupuy de Lôme de Lorient.

Racine et la passion de l’historiographie dans Andromaque : Andromaque, Astyanax, nos ancêtres les Troyens.

1667 : le jeune Racine crée Andromaque. Cette tragédie est d’emblée considérée comme un chef-d’œuvre, ce qui lui donne accès à la cour et au roi lui-même. 1677 : Racine est nommé historiographe de Louis XIV qui le charge de rédiger l’histoire de son règne et d’immortaliser sa gloire. Est ainsi consacrée la passion que Racine porte depuis dix ans aux questions politiques et dynastiques en lien avec l’histoire du royaume de France.
Il s’agira d’observer comment Racine, dès l’écriture d’Andromaque, renouvelle la légende antique au service d’un nouveau règne qui prend sa source dans le mythe troyen et s’ouvre sur un avenir glorieux selon une vision du pouvoir à laquelle les passions humaines prennent part.